Chaussures de travail payées par l’employeur : ce que dit la loi en 2026

Publié le 13 juin 2026 par Émilie Rochefort

Vous êtes salarié dans le BTP, la logistique, la restauration ou l’industrie ? Vous portez chaque jour des chaussures de sécurité, des chaussures antistatiques ou des chaussures de cuisine antidérapantes. Une question revient sans cesse : l’employeur doit-il les payer ? En 2026, la réglementation est claire, mais elle comporte des nuances qui peuvent coûter cher à l’employeur ou priver le salarié d’un remboursement légitime. Cet article vous explique tout, textes de loi à l’appui, exemples concrets et pièges à éviter.


L’obligation légale de fournir les équipements de travail

Le Code du travail est sans ambiguïté depuis la transposition des directives européennes. L’article L4121-1 impose à l’employeur une obligation de résultat en matière de santé et de sécurité. Cela inclut la fourniture, le nettoyage et le remplacement des équipements de travail nécessaires.

Ce que dit l’article L4321-1 du Code du travail

« L’employeur met à disposition des travailleurs les équipements de travail nécessaires à leur activité, conformes aux règles de santé et de sécurité. » En 2026, cette obligation est renforcée par la jurisprudence récente : les chaussures de sécurité sont considérées comme un équipement de protection individuelle (EPI) au sens du règlement européen 2016/425.

Concrètement, si votre activité expose vos pieds à des risques (chute d’objets, perforation, glissance, produits chimiques, brûlures), l’employeur doit :

La distinction fondamentale : équipement obligatoire vs facultatif

Tout repose sur une notion clé : le caractère obligatoire de l’équipement. Si les chaussures sont imposées par le règlement intérieur, la convention collective ou une fiche de poste, elles sont à la charge de l’employeur. En revanche, si le salarié choisit librement de porter des chaussures spécifiques (exemple : un commercial qui préfère des chaussures habillées), l’employeur n’a aucune obligation.

Exemple concret 2026 : Un magasinier dans une plateforme logistique doit porter des chaussures de sécurité avec embout d’acier. L’employeur les fournit gratuitement, et doit les remplacer tous les 12 mois (selon l’usure constatée). Un employé de bureau qui décide de porter des chaussures de sécurité « par confort » n’a droit à rien.


Les exceptions qui changent tout : conventions collectives et accords d’entreprise

La loi fixe un cadre général, mais les conventions collectives peuvent aller plus loin. En 2026, de nombreuses branches professionnelles ont négocié des clauses spécifiques sur les équipements de travail.

Les secteurs les plus protecteurs

Secteur Convention collective Obligation employeur
Bâtiment Convention nationale des ouvriers du BTP (IDCC 1597) Fourniture + remplacement tous les 6 mois pour les métiers de pose
Restauration HCR (IDCC 1979) Chaussures antidérapantes obligatoires, prises en charge à 100 %
Nettoyage Entreprises de propreté (IDCC 3043) Chaussures de sécurité + semelles anti-perforation
Métallurgie UIMM (IDCC 650) Prime d’équipement annuelle (montant variable selon les accords)

Attention : certaines conventions prévoient une participation du salarié (souvent 10 à 20 %) ou un forfait annuel. Par exemple, dans la convention de la propreté, le salarié peut choisir son modèle dans un catalogue et l’employeur rembourse jusqu’à un certain montant par an. Au-delà, c’est à la charge du salarié.

Le cas des chaussures de ville « habillées »

Un contentieux récurrent en 2026 concerne les salariés qui doivent porter des chaussures de ville (costume-cravate) mais qui travaillent dans un environnement à risque (exemple : un commercial en usine). La jurisprudence a tranché : si l’employeur exige un type de chaussure spécifique (cuir, semelle fine), il doit prouver qu’il n’existe pas d’alternative de sécurité. Dans le doute, les chaussures de sécurité « habillées » (norme EN ISO 20345 avec aspect cuir) sont à sa charge.


Comment obtenir le remboursement de ses chaussures de travail en 2026 ?

Vous êtes salarié et vous avez acheté des chaussures de travail de votre poche ? Voici la procédure à suivre pour être remboursé.

Étape 1 : Vérifier votre convention collective

Rendez-vous sur le site legifrance.gouv.fr ou demandez à votre RH l’extrait de la convention applicable. Cherchez les mots-clés « équipement de travail », « chaussures », « EPI ». Si la convention prévoit une prise en charge, vous avez un droit opposable.

Étape 2 : Fournir un justificatif d’achat

L’employeur peut exiger :

Étape 3 : Demander le remboursement par écrit

Envoyez un email ou un courrier recommandé avec accusé de réception. Mentionnez l’article de la convention collective et le montant. En cas de refus, saisissez l’inspection du travail (DREETS).

Exemple chiffré 2026 : Un cariste dans la logistique achète des chaussures de sécurité à 95 €. Sa convention collective (logistique, IDCC 3087) prévoit un remboursement à 100 % dans une limite définie. L’employeur doit rembourser le montant prévu, le reste est à la charge du salarié, sauf si l’employeur accepte un modèle moins cher.


Les pièges à éviter en 2026

Piège n°1 : Les chaussures « confort » sans norme

Certains employeurs proposent des chaussures « de travail » sans certification. En 2026, un équipement de protection individuelle doit obligatoirement porter le marquage CE et la norme correspondante. Si vos chaussures ne sont pas normées, l’employeur n’est pas en conformité avec la réglementation. Vous pouvez refuser de les porter et exiger des chaussures certifiées.

Piège n°2 : La clause de « participation aux frais »

Certains contrats de travail ou accords d’entreprise imposent une participation du salarié (exemple : 20 % du prix). Cette clause est légale uniquement si la convention collective le prévoit. En l’absence de texte, l’employeur doit prendre en charge 100 % du coût des EPI obligatoires. La jurisprudence a rappelé ce principe.

Piège n°3 : Le non-remplacement des chaussures usées

Les chaussures de sécurité ont une durée de vie limitée (souvent 6 à 12 mois selon l’usage). Si vos chaussures sont trouées, déformées ou que la semelle est lisse, l’employeur doit les remplacer. En 2026, l’inspection du travail peut verbaliser un employeur qui laisse ses salariés travailler avec des EPI défectueux (amende pouvant être significative par salarié concerné).


Les chaussures de travail et le télétravail : une zone grise

Avec la généralisation du télétravail en 2026, une question émerge : l’employeur doit-il fournir des chaussures de travail à un salarié qui travaille depuis son domicile ? La réponse est non, sauf si le salarié doit effectuer des tâches spécifiques à risque (exemple : un technicien qui répare du matériel chez lui). Dans ce cas, l’employeur doit fournir les EPI nécessaires, même pour une utilisation à domicile.

Bon à savoir : si vous êtes en télétravail et que vous utilisez vos chaussures de travail personnelles pour des déplacements professionnels (visites clients), l’employeur doit les prendre en charge. La jurisprudence a reconnu que les chaussures de sécurité utilisées lors de déplacements professionnels sont des équipements de travail.


Que faire en cas de litige ?

Si votre employeur refuse de payer vos chaussures de travail alors que la loi ou la convention l’y oblige, voici les recours possibles en 2026 :

  1. Saisir l’inspection du travail (DREETS) : gratuit, confidentiel. L’inspecteur peut ordonner la mise en conformité sous 15 jours.
  2. Envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec AR.
  3. Saisir le conseil de prud’hommes : pour un litige inférieur à 5 000 €, la procédure est accélérée (référé). Vous pouvez demander le remboursement des chaussures + des dommages et intérêts pour manquement à l’obligation de sécurité.

Ordre de grandeur : Selon les données disponibles, une part des litiges prud’homaux concerne des équipements de travail non fournis. Le montant moyen alloué au salarié peut inclure le remboursement et un préjudice moral.


FAQ : les questions que tout le monde se pose

1. Mon employeur peut-il me demander de payer mes chaussures de sécurité ?

Non, si les chaussures sont obligatoires pour votre poste. L’employeur doit les fournir gratuitement. En revanche, si vous choisissez un modèle plus cher que le modèle de base, il peut vous demander de payer la différence.

2. J’ai acheté des chaussures de travail moi-même. Puis-je me faire rembourser ?

Oui, si vous prouvez que l’employeur ne vous les a pas fournies et que votre poste les exige. Conservez la facture et adressez une demande écrite. En cas de refus, saisissez l’inspection du travail.

3. Les chaussures de sécurité sont-elles déductibles des impôts ?

Non, car elles sont considérées comme un équipement professionnel que l’employeur doit fournir. Si vous les achetez vous-même sans remboursement, vous pouvez les déduire de vos revenus imposables en frais réels (case 1AK de la déclaration 2026). Conservez les justificatifs.

4. Que faire si mes chaussures de travail sont trop usées ?

Demandez un remplacement par écrit. L’employeur a l’obligation de maintenir les EPI en bon état. Si rien ne se passe, signalez-le à l’inspection du travail. Travailler avec des chaussures défectueuses peut entraîner un accident et une faute inexcusable de l’employeur.

5. Mon employeur me donne une prime d’équipement au lieu de fournir les chaussures. Est-ce légal ?

Oui, si la convention collective le prévoit. Par exemple, dans le BTP, une prime annuelle peut remplacer la fourniture directe. Mais attention : si la prime est insuffisante pour acheter des chaussures conformes, l’employeur doit compléter. En 2026, le prix d’une paire de chaussures de sécurité certifiées varie selon les modèles et les normes.


Conclusion : ne laissez pas passer vos droits

En 2026, la loi est claire : les chaussures de travail obligatoires sont à la charge de l’employeur. Que vous soyez maçon, cuisinier, cariste ou technicien de maintenance, vous avez droit à des équipements de protection individuelle gratuits, conformes et remplacés régulièrement.

Votre action concrète aujourd’hui : vérifiez votre convention collective sur legifrance.gouv.fr (rubrique « conventions collectives »). Si vous constatez un manquement, adressez une demande écrite à votre employeur. Et si vous êtes employeur, mettez à jour votre document unique d’évaluation des risques (DUERP) pour 2026 : les chaussures de travail y sont listées comme EPI obligatoires. Une vérification rapide peut vous éviter une amende et un accident de travail. Pour approfondir les spécificités du secteur, consultez notre article sur le recrutement dans le BTP : ce que personne ne vous dit.

Besoin d’un modèle de lettre pour demander le remboursement ? Téléchargez notre modèle gratuit sur lecoinrecrutement.fr (rubrique « outils RH »). Et si vous avez un cas particulier, posez votre question en commentaire : nous répondons sous 48 heures.


Article rédigé par la rédaction de Le Coin Recrutement, spécialiste des droits des salariés et des obligations employeurs. Sources : Code du travail (articles L4121-1, L4321-1), conventions collectives BTP, HCR, propreté, logistique, jurisprudence applicable.

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Émilie Rochefort accompagne les professionnels des ressources humaines depuis plus de dix ans, analysant les tendances du marché de l'emploi et les stratégies de recrutement innovantes. Ses travaux mettent en lumière les enjeux actuels des recruteurs et des candidats.

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